EET et COVID-19

 Des ROTARIENS se posent des questions sur Espoir en Tête et  le COVID-19

 

Voici la réponse de Jean-Antoine Girault, Directeur de Recherche Inserm

Directeur de l'Institut du Fer à Moulin, Institut du Fer à Moulin UMR-S 1270

Inserm, Sorbonne Université

 

 

Pour répondre aux  interrogations des rotariens : 

Nous avons tous envie d'être utiles tout de suite dans le contexte de cette épidémie.

Nous vivons actuellement une période d'urgence médicale liée à une épidémie au niveau mondial et il n'est pas facile de prendre du recul pour savoir comment on peut être le plus utile.

Tout d'abord les équipements financés par EET sont le plus souvent installés dans des plateformes ouvertes à toutes les équipes de recherche et il est possible qu'actuellement certains servent déjà directement à la recherche sur le COVID-19 lorsqu'ils sont utilisés par des virologistes ou des pharmacologues en activité. Je ne sais pas quels équipements peuvent être concernés.

Actuellement l'activité de tous les laboratoires est complètement arrêtée à l'exception de ceux qui travaillent directement sur ce virus (le SARS-CoV-2, responsable du COVID-19, la maladie).  Je ne sais pas combien sont concernés au niveau national mais je suppose très peu. Par exemple pour chercher de nouvelles molécules actives sur le virus il faut faire des cultures de cellules humaines infectées ce qui nécessite des laboratoires de type L3 (de haute sécurité) adaptés, dont il existe très peu (réservés aux laboratoires travaillant sur les maladies infectieuses humaines).

Au niveau national et international les laboratoires publics ou privés impliqués dans la recherche de vaccins ou de tests diagnostiques (par exemple immunologiques) sont très actifs mais ce sont des activités très spécialisées qui nécessitent une expertise particulière. En revanche, lors de la sortie du confinement les laboratoires Inserm seront probablement appelés à aider à la mise en place de tests à grande échelle. J'ai été contacté à ce sujet (comme les autres Directeurs d'unités Inserm) mais nous ne savons pas encore si et comment cela sera mis en place.

Pour le reste les activités scientifiques sont arrêtées. Dans les hôpitaux les chercheurs qui sont aussi cliniciens sont mis à contribution pour s'occuper des malades, faire face à la surcharge et lancer des protocoles de recherche clinique. J'ai des informations par des personnes du laboratoire et des collègues cliniciens impliqués. Il s'agit d'activités de soins et de recherche clinique.

Pour ce qui est de la recherche directement sur le SARS-CoV-2, il y a déjà un appel à projet monté en urgence par l'ANR pour financer des projets sur COVID-19 ainsi que des actions du CEA. Mais cela concerne uniquement les rares labos ayant une compétence dans ce domaine. Je ne pense pas du tout que le problème soit un manque de moyens financiers mais plutôt les compétences et surtout cela prend du temps.

Il y a des aspects du COVID-19 qui concernent directement le système nerveux, le cerveau et donc EET. Le récepteur du SARS-CoV-2 (la protéine cellulaire sur laquelle le virus s'accroche pour rentrer dans les cellules) est appelée ACE2 (angiotensin converting enzyme 2). Cette protéine est exprimée par les neurones et une source de préoccupation parmi les médecins qui s'occupent du COVID-19 est de savoir s'il peut y avoir des atteintes neurologiques. L'anosmie (perte de l'odorat), dont tout le monde a maintenant entendu parler, sont probablement une manifestation mineure de ce type. Il semble qu'elle soit liée à des lésions des cellules qui entourent les neurones olfactifs. Ces lésions sont réversibles et l'anosmie est apparemment aussi réversible et sans gravité en général. Mais la question de  l'atteinte du cerveau et surtout du tronc cérébral (qui contient les centres respiratoires) est prise très au au sérieux. Quelques cas d'encéphalopathie accompagnant le COVID-19 ont déjà été rapportés et certains articles récents se posent la question d'une possible contribution d'origine nerveuse aux difficultés respiratoires (atteinte possible des centres de la respiration en plus de l'atteinte pulmonaire). Tout cela n'est pas du tout clair actuellement. Mais quand cela sera possible il faudra de la recherche en neurosciences sur ce sujet. Les financements EET seront directement très utiles à ce moment là.

- Enfin quelques remarques générales: le temps de la recherche n'est pas celui de l'urgence d'une épidémie. C'est en amont qu'il faut financer la recherche sans savoir exactement quand elle sera utile. Les crédits de recherche sur les coronavirus avaient été coupés il y a plusieurs années (voir les interviews de Bruno Canard, spécialiste français reconnu des coronavirus). Il y a maintenant une réaction mondiale très forte à cette pandémie. Mais une fois que ça sera passé les autres maladies n'auront pas disparu. Les problèmes seront les mêmes. Il y a et il y aura surement beaucoup d'argent pour les recherches sur les coronavirus, mais un peu tard. Et pas assez sur les autres sujets. Il y aura en plus la question des séquelles ou atteintes neurologiques du coronavirus à comprendre et à traiter si elles existent. Donc à mon sens la meilleure action d'EET est de tenir sur la durée. Ce programme contribue à une course de longue haleine et ces équipements seront très utiles pour la suite, aussi bien pour la lutte contre les maladies "habituelles" du cerveau  que pour les aspects qui sont directement ou indirectement liés au COVID-19. La force d'EET est que les équipements sont bien sûr attribués sur des projets précis mais ensuite ils sont utiles à beaucoup d'équipes y compris celles qui travaillent (ou plutôt travailleront à nouveau dès que cela sera possible après le confinement) sur cette nouvelle maladie. 

Donc à mon sens les Rotariens peuvent être fiers de ce qu'ils ont déjà fait et certains que leurs équipements sont déjà dans certains cas et seront dès la reprise des activités utiles également pour les recherches sur COVID-19 (bien sûr au premier plan de l'actualité) et sur les autres maladies du système nerveux qui posent toujours des problèmes aussi graves et continueront à les poser lorsque la phase d'épidémie sera passée. 

 

Jean-Antoine Girault

« Président du conseil scientifique de la Fédération pour la Recherche sur le Cerveau »  (FRC)

 

 
Dernière modification : 11/04/2020